Les enjeux de notre secteur pour le nouveau Président de la République française

 

A l’issue de l’élection présidentielle et à l’aune des élections législatives en France, Marcel Lechanteur, Président de Lilly France et Benelux, revient sur les principaux enjeux pour notre secteur.

 

Les Français viennent d'élire leur nouveau Président. Quel regard portez-vous sur le résultat de cette élection ?

 

Nous n’avons pas de commentaire politique à faire sur les élections françaises néanmoins comme acteur industriel investissant en France, nous suivons avec attention l’évolution du paysage politique et les différents projets qui nous permettent de continuer d’investir massivement en France. Les questions liées à l’attractivité économique nous tiennent particulièrement à cœur, Eli Lilly ayant l’un de ses plus importants sites de production au monde en France, à Fegersheim (Alsace). Ce site est à la pointe de la technologie en matière de processus de fabrication industrielle, et fait figure de précurseur dans de multiples domaines techniques. Il exploite largement le potentiel technique, universitaire et scientifique de son territoire, et exporte plus 95% de sa production vers plus de cent pays sur cinq continents.

 

Selon vous, quelles sont les mesures urgentes que le nouveau Président de la République doit prendre pour renforcer l’attractivité de la France dans le secteur pharmaceutique ?

 

L’industrie pharmaceutique est un secteur stratégique en France grâce à la présence de très grosses entreprises mais aussi de PME, de façonniers et d’un très bon maillage académique. Les investissements en R&D et sur les sites de production y sont massifs. Les industriels ont besoin d’un minimum de visibilité et de prédictibilité, ce qui semble être également un objectif de notre nouveau Président, selon les déclarations faites pendant la campagne. Je suis notamment convaincu que la poursuite d’un dialogue constructif entre acteurs publics et privés au travers du Conseil Stratégique des Industries de Santé (CSIS) et du comité de filière santé (CSF-santé) est un facteur clé pour le système de santé et l’économie du pays.

 

Deux mesures portées pendant la campagne présidentielle par Emmanuel Macron nous semblent aller dans ce sens : la transformation du Crédit d’impôt sur la compétitivité et l’emploi en baisse durable des charges patronales permettrait en effet d’afficher un niveau de charge plus compétitif. Selon nos estimations, la conversion de l’enveloppe budgétaire actuelle en réduction de charges permettrait d’abaisser de 5% les cotisations patronales assises sur les salaires. De même, le maintien du Crédit impôt recherche (CIR), outil particulièrement efficace dans le renforcement de l’attractivité de la France, est essentiel. Les différentes filiales sont en compétition au sein du Groupe pour attirer de nouveaux essais cliniques. Le CIR permet donc de se différencier et d’être plus attractif en matière de recherche.

 

S’agissant de la question du médicament, quel sera l’enjeu du prochain quinquennat ?

 

A l’heure actuelle, l’un des principaux enjeux est de permettre à notre système de santé de s’adapter au vieillissement de la population et à la chronicisation de certaines maladies telles que les cancers, tout en encourageant l’innovation à tous les niveaux, thérapeutique et organisationnelle notamment. 

 

Concernant plus particulièrement le médicament, Emmanuel Macron a annoncé pendant la campagne qu’il souhaite encourager les innovations thérapeutiques et « payer les médicaments au juste prix ». J’ai pleinement conscience de la responsabilité qui nous incombe, nous devons tous être dans une démarche constructive permettant à la France d’être une terre d’innovation tout en donnant un accès à tous aux innovations, ce qui est un principe fondateur de notre système de santé.

 

Je pense aussi à l’accélération de l’accès à l’innovation et notamment au remboursement des AMM conditionnelles avec des études de phase II pour des médicaments qui apportent de vraies innovations pour les patients : nous devons avancer sur ce sujet.

 

Vous avez évoqué l’innovation organisationnelle, qu’entendez-vous par là ?

 

Il y a un énorme travail en cours pour décloisonner le lien entre la ville et l’hôpital et il doit être poursuivi avec tous les acteurs de santé (financement à l’hôpital qui ne serait plus basé uniquement sur l’activité, revalorisation des parcours de soin, …). Nous sommes également convaincus que l’amélioration de l’efficience passe notamment par le développement du numérique et des nouvelles évolutions technologiques. Ces innovations pourraient permettre au patient d’être davantage acteur de sa santé et de la prise en charge de sa maladie. La télémédecine en est un bon exemple à encourager.