La valeur des traitements innovants contre le cancer

Par Andrew Oxtoby, Vice-Président, BU oncologie internationale, Eli Lilly & Company

Les décideurs politiques sont à la recherche de solutions pour faire face au poids du cancer : ils redessinent les systèmes de soins en oncologie et réallouent certains budgets de la santé en fonction de ce qui permet, selon eux, d'offrir un maximum de valeur. Cependant, des perspectives très différentes de ce qui constitue la « valeur » dans le traitement du cancer peuvent être un obstacle à l'obtention des meilleurs résultats possibles pour les patients. Il est donc nécessaire d'essayer de combler le fossé qui sépare ces points de vue divergents entre les parties-prenantes dans le traitement du cancer et les décideurs politiques en Europe.

Telle était la conclusion principale d'une table ronde à laquelle j'ai participé le week-end dernier, lors de l’European Cancer Congress (ECCO). J'ai participé à un débat sur l’orientation des politiques de santé intitulé « Navigating perspectives on value of oncology innovation » (« Perspectives d'orientation sur la valeur de l'innovation en oncologie »), aux côtés de collègues d'horizons divers: politique, association de patients, organismes payeurs, milieu médical et universitaire. J'ai trouvé que le député européen Mr Van Nistelrooij résumait assez clairement le dilemme d'un décideur politique. Lorsque les décideurs politiques déterminent les priorités pour l'attribution des ressources à la prise en charge du cancer, ils doivent savoir ce qui a la plus grande valeur. Mais il y a de nombreuses questions épineuses : la plus grande valeur pour qui ? Selon quels critères ? Avec quelles implications à long terme ?

Voilà maintenant des années que le mot « valeur » fait le buzz, mais il n'existe aucune définition généralement acceptée dès lors qu'il s'agit de la valeur apportée par les traitements innovants en oncologie. Chez Lilly, nous pensons que nous avons parcouru beaucoup de chemin dans la lutte contre le cancer : depuis 1975, les chances qu'un patient atteint d'un cancer vive 5 ans ou plus à compter du diagnostic ont augmenté de 41 % pour l'ensemble des cancers[1].Dans certains cas, le cancer est devenu une maladie chronique, traitable et à laquelle on survit. Et 83 % de ces gains de survie sont attribuables aux nouvelles façons de prendre en charge les cancers  - y compris les médicaments[2]. Alors, oui, je crois réellement que les médicaments anticancéreux innovants apportent de la valeur tant pour les patients que pour les systèmes de santé.

Mais je crois également que la façon dont nous appréhendons aujourd'hui la notion de valeur n'est pas adaptée à l'objectif visé. La plupart des instances évaluant la valeur des traitements anticancéreux innovants (organismes d'évaluation des technologies de la santé ou agences HTA) examinent les bénéfices cliniques d'un médicament pour le patient dans son individualité, à un moment donné et isolément du système de soins dans lequel il est utilisé. Elles ne tiennent pas nécessairement compte des répercussions positives que peut avoir le médicament en permettant un moindre recours à d'autres interventions plus coûteuses, telles que les hospitalisations, ou la reprise d'une vie normale et productive par les patients, ou même des bénéfices à plus long terme pour la société. Cette approche risque de se concentrer davantage sur la restriction des budgets que sur l'amélioration des résultats.

Lorsqu'il s'agit d'évaluer la valeur des médicaments anticancéreux novateurs, nous avons besoin d'approches plus souples, axées sur les résultats, qui tiennent compte de la valeur du médicament pour le patient, le système de santé dans son ensemble et la société. Nous avons davantage besoin d'une approche qui attribue des « bons points » à l'obtention de résultats concrets, que de l'actuelle démarche attachée à la quantité de traitements vendus. Nous croyons que l'accès aux meilleurs médicaments est capital pour les patients. Trouver le juste équilibre entre viabilité des budgets pour la santé et encouragement de l'innovation future devrait être l'une des priorités absolues de toutes les parties-prenantes de la communauté du cancer, aussi bien des médecins, de l'industrie, des organismes payeurs, des associations de patients que des décideurs politiques.

 


[2] E Sun et al, Determinants of Recent Gains in cancer survival, Journal of clinical oncology, May 2008, Suppl, Abstract 6616