Alzheimer : des évolutions pour accélérer la recherche

Maladie d’Alzheimer : les experts proposent des évolutions pour accélérer la recherche

Un groupe d’experts reconnus attire l’attention sur les mesures à mettre en place pour relever le défi de traiter la maladie d’Alzheimer d’ici 2025.

La maladie d’Alzheimer, découverte en 1906 par Aloïs Alzheimer, est une affection du cerveau dite « neurodégénérative »[1]. Elle provoque notamment un déclin progressif de la mémoire et des autres fonctions cognitives. D’ici 2030, 75 millions de personnes devraient être touchées par cette maladie à travers le monde[2]. La maladie a un impact important, à la fois sur la vie des patients et des aidants, mais également sur les systèmes de santé et de prise en charge dans le monde. 

Lors du G8 Dementia Summit qui s’est tenu à Londres en 2013, les pays membres ont établi un plan d’action mondial pour lutter contre la maladie d’Alzheimer. Ils ont notamment défini l’objectif de découvrir d’ici 2025 une thérapie qui permettrait de modifier l’évolution de la maladie (« disease-modifying therapy »). Cette décision a ouvert la voie à la mise en place d’actions mondiales, dont la création du World Dementia Council[3]

Dans un article intitulé « Drug development in Alzheimer’s disease : the path of 2025 » et publié dans Alzheimer’s Research & Therapy , un groupe d’experts reconnus dans la maladie d’Alzheimer ,  font état de la situation actuelle de la recherche et affirment que seul un nombre limité de thérapies pouvant modifier l’évolution de la maladie aurait une chance d’être approuvé et serait disponible pour les patients souffrant d’Alzheimer d’ici 2025. La disponibilité de ces thérapies serait conditionnée à la réalisation de changements importants en recherche et développement clinique. Ces changements sont nécessaires pour améliorer la vie des patients mais également la pérennité de nos systèmes de santé.

Les experts analysent ainsi les réalités et les défis liés au développement d’un médicament pour traiter la maladie d’Alzheimer et proposent des solutions pour accélérer la recherche, dont :

-          l’amélioration de la conception des essais cliniques : envisager des phases de recherches combinées ; choisir un critère principal approprié pour avoir des essais cliniques plus efficients  ;

-          la mise à jour des registres de patients : des bases de données à jour de personnes âgées en bonne santé et de personnes présentant des symptômes pourraient faciliter et accélérer les inclusions dans les essais cliniques ;

-          encourager un diagnostic plus précoce : les outils d’évaluation actuellement disponibles ne sont ni suffisamment sensibles, ni suffisamment précis pour détecter les premiers signes de la maladie; des outils d'évaluation plus sensibles pourraient détecter de subtiles signes cliniques de déclin chez les personnes présentant des symptômes minimes ;

-          avoir recours aux biomarqueurs: le recours aux biomarqueurs permettrait de confirmer le diagnostic, une sélection des patients appropriés en fonction de la cible médicamenteuse et permettrait de suivre l’évolution de la maladie ; 

-          un changement de l’environnement réglementaire : accélérer les processus d’évaluation réglementaire, s’aligner sur les critères de jugement en fonction du stade de la maladie, réduire le nombre d’études pivots nécessaires avec des études testant plusieurs populations de patients pourrait accélérer l'approbation des médicaments.

 La mise en œuvre de ces solutions dès à présent et au-delà de 2025 nécessite une sensibilisation et une information adaptée, mais également un financement et une collaboration entre les universitaires, les industriels, les gouvernements, les systèmes de santé et les praticiens. Des progrès simultanés en termes de diversification des portefeuilles de molécules et le partage de données permettraient une compréhension plus approfondie des mécanismes complexes de la maladie.

  « Notre intention avec cet article est simple - préparer le terrain pour accélérer les progrès dans le développement de médicaments dans la maladie d’Alzheimer, et stimuler la discussion et l'action entre l’industrie, les universitaires et les autorités réglementaires », a déclaré Philip Scheltens, MD, Ph.D., VU University Medical Center, Amsterdam, Pays-Bas. «Nous espérons que des ajustements aux processus existants et que ces recommandations pourront se concrétiser, l'objectif de pouvoir traiter ou prévenir la maladie d'Alzheimer d'ici 2025 devienne une réalité. »

Lien vers la publication dans son intégralité

A propos de ce groupe de travail

Ce groupe est formé d’universitaires et d’industriels, notamment Bruno Dubois, M.D., Ph.D., Institut de la mémoire et de la maladie d'Alzheimer (IM2A), Hôpital universitaire La Salpêtrière Hospital (France); Jeffrey Cummings, M.D., Cleveland Clinic Lou Ruvo Center for Brain Health (U.S); Paul Aisen, M.D., Alzheimer's Therapeutic Research Institute, Keck School of Medicine of the University of Southern California (U.S.); Lutz Frölich, M.D., Ph.D., Central Institute of Mental Health Mannheim (Germany); Clifford Jack, Jr., M.D., Mayo Clinic (U.S.); Roy Jones, BSc, MB, FRCP, DipPharmMed, Research Institute for the Care of Older People (UK); John Morris, M.D., Washington University School of Medicine (U.S.); Philip Scheltens, M.D., Ph.D., VU University Medical Center (Netherlands); ainsi que  Joel Raskin, M.D., FRCPC, et Sherie Dowsett, Ph.D., de Eli Lilly and Company.

[2] 2016 Alzheimer’s Disease Facts and Figures. Alzheimer’s Association. Alzheimer’s & Dementia. Available at http://www.alz.org/documents_custom/2016-facts-and-figures.pdf . Accessed October 2016.